United Nations Diaogue Among Civilizations

Le Dialogue Entre Les Civilisations Des Nations Unies

Discours prononcé par madame Catherine Tinker dans le cadre du Forum canadien des ombudsmans

OTTAWA, LE 31 MARS 2003

Merci beaucoup, Mme Adam; je voudrais également remercier votre personnel et tous ceux qui participent à cette première conférence tenue dans le cadre du Forum canadien des ombudsmans, à Ottawa aujourd’hui. C’est un grand honneur pour moi d’être parmi vous, et je voudrais vous féliciter de vos démarches pour établir un climat de confiance, afin qu’une entente entre les citoyens et les gouvernements s’avère juste et harmonieuse, nourrissant l’esprit de la démocratie. Il est donc indiqué de parler de cette initiative des Nations Unies, le Dialogue entre les civilisations, ici au Canada, un pays qui a apporté une participation remarquable aux missions d’instauration et de maintien de la paix dans le monde entier.

Récemment, à bord d’un avion, deux hommes assis près de moi avaient engagé la conversation, comme c’est souvent le cas entre étrangers dans ce genre de voyage. L’un d’eux, manifestement un Américain, a déclaré d’un ton convaincu que « Tout le peuple américain admet que l’avortement est inadmissible ». Son interlocuteur lui a murmuré poliment quelque chose. Immédiatement vous pourriez remettre en question la probabilité statistique de la prétendue unanimité de cette opinion, et réaliser que l’auteur de cette affirmation vient d’un pays où l’avortement est légalisé depuis trente ans et fait toujours partie des lois du pays. Quoi qu’il en soit, je vous pose la question suivante : imaginez que vous êtes la troisième personne assise là et que vous vous opposez à cette interprétation d’un soi-disant consensus sur une question qui a été chaudement débattue et a suscité une controverse sur le plan politique. Qu’est-ce que vous faites?

Essayez d’imaginer votre propre réaction. Interviendriez-vous dans la conversation de vos deux voisins en déclarant que ce monsieur se trompe, et qu’en fait, il existe d’autres personnes entièrement opposées à son opinion? Au contraire, poseriez-vous une question pour amorcer une discussion donnant lieu à un échange susceptible d’apporter une meilleure compréhension du point de vue de chacun? Ou continueriez-vous à lire votre journal sans dire un mot? Dans mes qualités d’avocate de la ville de New York, bien sûr, vous pourriez vous attendre à ce que je sois tentée par le débat, savourant déjà la confrontation et ravivant un échange qui animerait le vol. Comme me l’ont patiemment expliqué mes amis et collègues canadiens, ce genre de discussion pourrait être considéré impoli, ici, et blesser ou susciter la dissension.

Pouvons-nous plutôt choisir une exploration respectueuse de la différence sur un sujet aussi important où les valeurs entrent en ligne de compte? Quelle tournure prendrait cette discussion? Comment vaincre nos propres réticences, remettre en question nos motifs ou nos hésitations simplement pour renoncer à lire le journal dans un rare moment de tranquillité? Qu’espérons-nous réaliser en choisissant de rétorquer à la déclaration de cet homme – lui faire changer d’idée? Justifier notre propre opinion? Ou à tout le moins prendre la parole pour s’opposer au prétendu droit du premier intervenant de parler pour les autres en se basant sur sa propre opinion?

Votre choix serait-il différent si les trois passagers sur l’avion provenaient de différentes régions du pays ou du monde ou étaient de cultures ou de religions différentes? Est-ce qu’un véritable échange d’idées correspond à une responsabilité, à un effort pour combler les lacunes, pour nous sortir de l’impasse? En admettant que probablement des compagnons de voyage ne s’attendent pas à avoir des échanges dépassant la simple politesse durant un vol en avion, il existe d’autres occasions pour ce genre de discussion dans notre quotidien au sein de nos communautés, de nos milieux de travail, de nos organismes, et dans les édifices consacrés au culte ou à la détente, où nous rencontrons des personnes différentes de nous. Est-ce que nous nous dérobons ou si nous engageons le dialogue?

Mais quel est ce dialogue que je vous suggère? Un échange positif, respectant la différence, recherchant des points communs et affichant une volonté d’apprendre quelque chose l’un de l’autre, voilà ce qui caractérise un « dialogue », une forme de communication qui se distingue du débat, de l’argumentation ou de tentatives pour persuader les autres. Ce que j’espère faire aujourd’hui, c’est d’explorer la technique de dialogue telle que mise au point dans le cadre de l’Année des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations; de discuter de notre recherche de valeurs communes au sein d’un groupe de personnalités éminentes venant de toutes les régions du globe, et issues de cultures et de religions différentes; et aussi de donner à penser que cette expérience qu’est le Dialogue entre les civilisations peut s’avérer intéressante dans l’exercice de vos fonctions d’ombudsman. À la suite de mon exposé, dans l’espoir de susciter le dialogue ici aujourd’hui, nous ferons place aux questions et aux commentaires.

Les Nations Unies ont d’abord songé au dialogue entre les civilisations en réponse à une suggestion du président Mohammed Khatami de la République islamique d’Iran lors de son allocution en 1998 devant l’Assemblée générale, qui traitait des mésententes entre le monde islamique et le monde judéo-chrétien. L’Assemblée générale a décrété que l’année 2001 serait l’Année du dialogue entre les civilisations. Le secrétaire général des Nations Unies, le général Kofi Annan, a nommé Giandomenico Picco, avec qui j’ai déjà travaillé, son représentant personnel pour le Dialogue entre les civilisations. M. Amman a invité de grands intellectuels connus à se joindre à un « Groupe de personnalités éminentes » ayant pour tâche de se pencher sur la notion de dialogue et de formuler la théorie de base du Dialogue entre les civilisations. Le Groupe était composé de deux lauréats du Prix Nobel, Amratya Sen de l’Inde et Nadine Gordimer d’Afrique du Sud; la sociologue et alors première dame du Brésil, Ruth Cardoso, l’ancien président d’Allemagne, Richard von Weizsäcker, Dick Spring d’Irlande, et l’ancien président de la Commission européenne, Jacques Delors de France; d’universitaires et d’érudits provenant de différentes religions, notamment Tu Weiming de Chine, et Hans Küng de Suisse; de scientifiques dont Sergei Kapitza de Russie et Song Jian de Chine; d’avocats et hommes d’État, notamment Kamal Aboulmagd d’Égypte et Javad Zarif d’Iran; et mentionnons également l’ambassadeur Tommy Koh de Singapour, le Prince Hassan bin Thalal de Jordanie, Hanan Ashrawi de Palestine, Lourdes Arispe du Mexique, Hayao Kaway du Japon et Graça Michel du Mozambique.

Grâce au dialogue engagé durant une série de réunions à huis clos organisées par plusieurs gouvernements (l’Autriche, l’Irlande, et le Qatar), le groupe a recherché des modes de communication permettant de s’attaquer de façon réaliste aux problèmes et aux questions humanitaires et planétaires, tout en respectant les divergences d’opinions et de perspectives des membres du groupe. Les résultats ont été publiés dans l’ouvrage intitulé Sortir de l’impasse : Dialogue entre les civilisations (Crossing the Divide; Dialogue among Civilizations). Cet ouvrage a été présenté au secrétaire général, Kofi Annan, qui l’a distribué à chacun des pays membres des Nations Unies avant une session extraordinaire de l’Assemblée générale qui a eu lieu au début de novembre 2001.

Le Dialogue entre les civilisations se veut un point de départ, une tentative visant à reconnaître ce que l’humain a de meilleur, à nous encourager tous à avoir des aspirations qui nous pousseront à agir, à rendre hommage à ceux qui posent les vrais gestes, faisant fi des circonstances difficiles ou dangereuses. En cette période où la guerre fait rage, mettant en péril les valeurs, les espoirs et les vies de tant de gens sur terre, il peut paraître naïf de parler de valeurs communes et de désir d’engager le dialogue. Mais nous avons fait face à la même question au lendemain des événements du 11 septembre 2001, dans la ville de New York. Concernant le manuscrit Dialogue entre les civilisations de l’ONU, à savoir si nous allions le finaliser et le publier avant la fin de l’année ou abandonner le projet si un tel événement se produisait, nous avons décidé de mettre les bouchées doubles afin de le terminer. Ce choix m’est apparu le meilleur, compte tenu de l’urgence capitale de notre projet à ce moment là – et maintenant. Sans le dialogue, comment apprendrions-nous à nous connaître nous mêmes et les uns, les autres? Sans le dialogue, ne serions-nous pas condamnés à vivre dans un monde entretenant des vendettas et un cycle interminable de tueries et de vengeance? Sans le dialogue, comment pourrions nous nous faire confiance les uns, les autres et vivre côte à côte? Lorsqu’on me demande comment évaluer la réussite du dialogue, j’estime que la question pourrait être mieux formulée en constatant que la guerre et la mésentente reflètent l’échec ou l’absence de dialogue dans le monde. Notre défi consiste à développer des « habitudes de dialogue » constructives et durables dans les dialogues publics et officiels, au sein de nos institutions et dans notre entourage, qui sont fondées sur la découverte de valeurs communes et une volonté d’adopter personnellement ces valeurs pour contrer la vague de cruauté et de haine.

L’idée du dialogue reposait sur l’espoir qu’une telle démarche amorcerait un processus visant à remplacer l’hostilité et la confrontation par le discours et la compréhension, et permettrait le règlement diplomatique des différends conformément aux principes et aux normes de justice et au droit international. Les valeurs fondamentales décrites dans la Charte des Nations Unies, dans la Déclaration universelle des droits de l’homme et dans d’autres traités internationaux sur les droits de la personne qui ont été négociés dans les cinquante dernières années, constituent le cadre essentiel du dialogue. Nous avons cherché les sources de ces valeurs dans les grandes traditions religieuses et philosophiques, dans des exemples historiques et des textes littéraires, accueillant autant les points communs que les différences.

Dans notre ouvrage, nous décrivons un ensemble de valeurs que nous considérons comme universelles : humanité, réciprocité et confiance et quatre couples de valeurs à la base d’une éthique mondiale : liberté et justice, rationalité et sympathie, légalité et civilité, et droits et responsabilités. C’est après beaucoup de discussions et d’échange d’idées que ces paires ont vu le jour, car il n’est pas si facile de s’entendre sur les précisions et l’application de valeurs communes. Par exemple, chaque culture ou collectivité peut admettre cette règle d’or : fais aux autres ce que tu voudrais qu’ils te fassent; ou vu d’une autre façon, ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’ils te fassent. Mais lorsque nous considérons l’interdiction de tuer qui figure dans chaque système juridique ou religieux au monde, on constate aussitôt des exceptions et des justifications : légitime défense, euthanasie ou « défense de l’honneur », toutes des raisons qui revêtent une signification différente selon le lieu et le moment. Qu’en est-il de notre valeur commune, alors?

Dans ce cas, le Groupe de personnalités éminentes donne à penser que les valeurs liées à l’humanité, à la réciprocité et à la confiance sont universelles au même titre que les quatre paires de valeurs qui ont une résonance tant à l’Est et à l’Ouest qu’au Nord et au Sud. Nous inspirant de ces valeurs, nous proposons un nouveau paradigme des relations mondiales découlant du Dialogue entre les civilisations, et dont voici les éléments : pied d’égalité, réévaluation de l’ennemi, dispersion du pouvoir, prise en compte des intervenants, responsabilité individuelle et harmonisation des enjeux. Nous avons réfléchi à ce moment-là à la manière dont ce nouveau paradigme pourrait rejaillir sur les Nations Unies à l’avenir et mener à une éthique mondiale qui se caractériserait par la participation et la légitimité, la crédibilité et la réconciliation. Mais, comment allons-nous y arriver?

Ce Dialogue repose sur la conviction que notre humanité courante dans toute sa diversité peut servir de base à l’atteinte d’objectifs visant l’inclusion mondiale, et que seul un profond engagement nous permettrait d’identifier et d’améliorer les valeurs et les intérêts partagés par toutes les civilisations. L’iniquité, la fragmentation, et les dissensions touchent des gens partout dans le monde, portant atteinte à la dignité humaine sous toutes formes (par ex., la purification ethnique, l’extrémisme religieux, le racisme culturel, le terrorisme et la guerre). Peut-être que le dialogue ne peut empêcher ces formes d’inhumanité que l’homme inflige à ses semblables, mais le dialogue peut servir d’outil pour faire face aux répercussions de ces attitudes, à la reconstruction et aux efforts de l’esprit humain pour survivre et continuer à vivre.

Au bout du compte, le dialogue peut s’avérer le moyen le plus prometteur de continuer à vivre ensemble, un outil pour gérer la diversité. À titre d’exemple, le processus de réconciliation de l’Afrique du Sud par l’entremise de commissions sur la vérité et la justice, de même que les services de police communautaires et le rôle des troupes affectées au rétablissement et au maintien de la paix se révèlent des situations concrètes où les gens « se sortent de l’impasse » quotidiennement, que cela se nomme « dialogue » et soit utilisé avec succès ou non. En apprenant davantage sur votre travail comme ombudsmans, je considère que vous aussi employez le dialogue. Peut-être que certains des concepts théoriques de l’ouvrage sur le dialogue des Nations Unies pourront vous être utiles dans l’exercice de vos importantes fonctions en tant qu’ombudsmans.

Le Dialogue entre les civilisations peut être aussi d’intérêt général, ici, au Canada où des politiques visant à concilier les différences ont été adoptées grâce à l’Acte de Québec de 1774, développées davantage par la suite dans la Loi sur le multiculturalisme de 1972, tandis que votre Charte des droits et libertés de 1982 a fait valoir les valeurs fondamentales pour tous les Canadiens. À bien des égards, le système canadien juridique et politique sert de modèle à la nouvelle réalité mondiale, autant dans ses réussites que ses défis. Lors d’un discours qu’elle a prononcé récemment, la juge en chef du Canada a fait remarquer que :

  • [Traduction]
    Sur les plans juridique, social et national, nous discutons de nos différences avec passion – le droit des femmes à l’équité salariale, la légitimité des familles homosexuelles, la place de la religion dans la vie publique… Pourquoi la différence domine-t-elle? Comment pouvons nous mieux gérer la différence? Le Canada, à l’instar d’autres pays, a débattu ces questions. Parfois l’exclusion et la violence servaient de réponse. Néanmoins, même à nos débuts, nous avons trouvé une autre réponse – celle du respect, de l’inclusion et de l’adaptation. Dans ce contexte, l’adaptation va au-delà de concessions faites à contrecœur… elle signifie mettre fin à l’exclusion, favoriser et nourrir l’identité de l’autre, et rendre hommage aux bienfaits de la différence. C’est ce genre de réponse qui a fini par caractériser le Canada moderne, préciser notre pensée et notre politique sur les femmes, les Premières nations et la multitude de races et de cultures qui forment le Canada au XXIe siècle. Beverly McLachlin, juge en chef du Canada, lors de la Conférence La Fontaine-Baldwin tenue le 7 mars 2003, à Halifax, Canada.

Identité, différence, droits, responsabilité — constituent tous des éléments importants de nos vies quotidiennes, de l’image de soi, de notre développement moral et de nos prises de position sur le plan éthique. Ces idées développées à travers les millénaires dans le domaine des arts, des lettres et de la science en Chine, dans le monde arabe, en Europe de l’Ouest et dans l’hémisphère Sud, ont été la source d’une foule d’œuvres et d’observations savantes. Je n’ai pas l’intention de vous faire aujourd’hui le résumé de toutes les sources ou de retourner aux racines philosophiques de ces concepts, bien que je vous recommande le livre d’Amin Maalouf intitulé Identités, meurtrières/In the Name of Identity: Violence and the Need to Belong (1996, traduction anglaise en 2001) et celui de Saskia Sassen, Globalization and its Discontents. Les livres des auteurs suivants : Hans Küng, A Global Ethic for Global Politics and Economics (1998), Alex Borain, A Country Unmasked: Inside South Africa’s Truth and Reconciliation Commission, et les écrits de Tu Weiming sur le confucianisme (Daedalus, Hiver 2000, p. 195-218) sont essentiels pour tisser la trame du dialogue.

Ces questions touchant l’identité, la différence, les droits et responsabilités font l’objet de l’un des romans de Nadine Gordimer, Ceux de Julie/July’s People. Une famille de blancs sud-africains, qui se considérait comme libérale, se fait attaquer dans sa résidence urbaine durant les émeutes anti apartheid. Ils sont secourus par leur « employé de maison » noir, July, qui leur sauve la vie en les amenant dans son village situé dans le veld où il se révèle un chef respecté. Les rôles étant inversés, les anciens « patrons » se voient forcés à se remettre en question, et l’ancien serviteur se demande s’il va continuer à cacher et à nourrir la famille de blancs car cette situation met sa propre famille en danger. La façon dont ils communiquent et comment cette communication prend une autre tournure dans les circonstances expriment le dilemme que pose la prise de décision en cas de crise. Que feriez-vous? Que veut dire le mot identité? Ou que signifie la différence? De toute façon, qui détient ces droits, et qui en assume la responsabilité?

Compte tenu de ces questions et de bien d’autres concernant notre situation devant la mondialisation, des théoriciens du « conflit » et de ceux qui s’appuient sur la religion et la nationalité pour inciter à la violence contre « l’autre », le Groupe des Nations Unies pour le dialogue entre les civilisations est arrivé à la conclusion que nous avons besoin d’une nouvelle éthique mondiale fondée sur l’inclusion et le respect de la différence, plutôt que de considérer la diversité comme une menace. Il appartient à chacun de nous de mettre cela en pratique et de développer des techniques de dialogue dans notre propre vie, notre propre travail, assumant chacun la responsabilité de nos choix.

Dans ce contexte, il est bon d’évoquer quelques documents traitant des droits de la personne internationaux et de leur formulation de valeurs et principes communs, notamment la Charte des Nations Unies, la Déclaration universelle des droits de l’homme; les pactes sur les droits socio-économiques et culturels et sur les droits civils et politiques; divers traités sur les droits de la personne; et les documents sur les droits des minorités, comme la Déclaration des droits des personnes appartenant aux minorités nationales ou ethniques, religieuses et linguistiques de l’Assemblée générale des Nations Unies de 1992. Tandis que plusieurs de ces textes sur les droits de la personne et de ces mécanismes d’exécution mettent l’accent sur des normes non discriminatoires appliquées par l’État, d’autres normes en voie de développement, comme l’intervention humanitaire, font appel à des engagements davantage proactifs et immédiats afin d’agir au nom de la justice et de la dignité humaine par l’entremise d’intervention internationale visant à éviter des violations grossières et systématiques des droits de la personne, peu importe où elles surviennent. Il est important de respecter la dignité humaine et les valeurs communes telles qu’énoncées dans chaque système juridique et chaque religion, car elles constituent la base de la responsabilité d’une entente, et pas uniquement l’affirmation de droits. Et en aucune circonstance, ces documents sur la tolérance ne doivent servir à justifier l’intolérance au nom de l’identité ou des droits des groupes quels qu’ils soient.

Aux Nations Unies, plusieurs États s’en remettent aux ombudsmans pour consigner les progrès réalisés dans la prise en charge des problèmes liés aux droits de la personne et visant à mettre fin à la discrimination envers les femmes, les groupes raciaux ou ethniques, tandis que d’autres se réfèrent aux comités de l’ONU, formés en vertu de traités sur les droits de la personne : les Comités sur la discrimination envers les femmes, la discrimination raciale, les droits de l’enfant, contre la torture, et autres. Il existe également d’autres exemples où l’ONU a fait appel aux ombudsmans dans son travail. Par exemple, le Bureau du Haut Représentant de l’ONU chargé d’assurer le suivi de l’application de l’Accord de paix relatif à la Bosnie-Herzégovine a signalé que le Conseil de sécurité des Nations Unies et le médiateur pour les droits de la personne en Bosnie-Herzégovine ont réclamé une enquête criminelle sur les événements entourant l’incident au Mostar en 1997; celle-ci fut transmise à un procureur local. En Haïti, l’ONU a démontré sa présence pour le maintien de la paix grâce à l’Office de la protection du citoyen, qui a reçu 300 plaintes au cours des deux premières années (1997 1998). De plus, dans le cadre de ses propositions de réforme au milieu des années 1990, le Secrétaire général a proposé la création d’un poste d’ombudsman administratif au sein du Secrétariat des Nations Unies, faisant partie intégrante du système juridique interne. Ainsi les Nations Unies et l’organisme des ombudsmans entretiennent de bonnes relations et ont plusieurs intérêts en commun.

En conclusion, vers la fin de l’ouvrage Sortir de l’impasse (Crossing the Divide), le Dialogue entre les civilisations apparaît comme une solution de rechange à la guerre, un moyen de bâtir la nation à la suite d’un conflit, et une façon de riposter à cette vision qui considère la diversité comme une menace, une notion que nous rejetons en faveur du dialogue, conduisant à la réconciliation.

  • [Traduction]
    La réconciliation exige que nous assurions au-delà de la loi et des institutions le besoin de justice — la justice de l’âme, la justice du cœur… La réconciliation exige que nous nous concentrions sur la paix, la paix intérieure, la paix avec nous mêmes, en premier… La réconciliation exigera d’accepter sans chercher à comprendre mais toujours instinctivement, cette appartenance, ces partenariats avec nos semblables – un partenariat et une camaraderie comme le démontrent ces cas de solidarité qui poussent un parent à sauver un enfant dont la vie est en danger, peu importe si cet enfant est celui de son ennemi… C’est possiblement la réconciliation, peu importe la manière dont ce processus se réalisera, qui nous fera découvrir et mettre sur pied une éthique mondiale. Une éthique mondiale destinée aux institutions et à la société civile, aux organismes dirigeants et aux organismes dirigés, nécessite un désir et un effort pour obtenir la paix, un désir et un effort pour obtenir la justice, un désir et un effort pour obtenir des partenariats, un désir et un effort pour obtenir la vérité. Sortir de l’impasse : Dialogue entre les civilisations (Crossing the Divide: Dialogue among Civilizations), p. 205-6.

Dans cet esprit qui règne aux Nations Unies, et aussi pour chacun de nous dans nos vies et notre travail, nous pouvons unir nos efforts afin de changer la mentalité qui nous fait percevoir la diversité comme une menace, qui confond réconciliation et conciliation, justice et châtiment. Nous pouvons plutôt essayer de bâtir ensemble sur les points communs de notre condition humaine, celle qui nous unit, celle qui repose sur notre désir d’offrir une vie meilleure, plus juste, plus pacifique à tout le monde.

Bonne chance à nous tous, aux dirigeants du monde entier, à vous dans votre travail. Je vous remercie de m’avoir consacré votre temps, et de m’avoir fait mieux connaître l’utilisation que vous faites du dialogue à titre d’ombudsmans.

Forum of Canadian Ombudsman-FR